Live Report : Capture + Revolver + Tellier. Une partie de bras en l’air.

C’était vendredi dernier, à l’Autre Canal. Là où tout le Nancy hipster semblait s’être donné rendez-vous. Car oui, nous sommes en Octobre, et comme chacun sait, Octobre à Nancy rime avec NJP. 20h30, je rentre donc, aussi stoïque que Lana del Rey sur scène : minuit et quelques, je suis sortie aussi charmée que de la chocolaterie de Willy Wonka. Ou plutôt, aussi repue qu’une jeune fille longtemps mal baisée qui vient de connaître son premier orgasme.

Vous trouverez peut être mes mots trop crus, mais pour comprendre, il faut l’avoir vécu. Je ne parle pas de sexe, je parle bien de cette soirée carrément impromptue qui m’a prise, oui, par surprise.

  • Capture, musique paradoxale.

Pour ceux qui n’en auraient entendu parler, Capture est un jeune groupe Nancéen lancé l’année dernière. Quatuor aux accents de Foals, touches d’electro, rythmique parfaite. Un rendu extra professionnel étonnant, un succès régional : un groupe que l’on pourrait qualifier de « frais », dans le jargon branché, l’on s’entend.

Mais sur scène et dans la salle, le rendu est encore plus fort et entraînant, le public charmé par la parfaite harmonie des sons mais aussi par cette fête délicieuse des oreilles. L’alchimie musicale de Capture fait effet. Je les ai trouvés droits et décalés, froids mais chaleureux, tantôt calmes tantôt détonants, perdue dans mon interprétation. Applaudissements généraux, spontanés, mérités. Un mélange de basse, guitare légère, percussions et boîte à rythmes plus ou moins exotique, voix grave se fondant dans l’instru. Ils sont là mais ailleurs, murmurants puis chantant à gorge déployée, enivrants. A la toute dernière chanson, les quatre membres de Capture finissent tous baguettes à la main, frappant à l’unisson sur des percussions résonnant, m’atteignant, me touchant jusqu’à la moelle épinière. Un entremets délicieux pour la sortie de leur dernier EP, Were We All Belong.

  • Revolver, une impeccabilité à étincelles.

Léger moment de répit pour me remettre du concert précédent, je n’ai pas l’honneur d’assister à toute la prestation des trois Parisiens. Surprise ! Ils sont cinq sur scène, dont un qui fait généralement du tambourin en guignolant sur scène, ou du violoncelle (et non de la contrebasse, en effet) à ses moments perdus. Mais je suis directement prise de regret en entrant dans la salle : alors que Revolver joue de sa petite chanson triste (The Letter. C’était très joli d’ailleurs), je me maudis de ne pas avoir vu le début de la prestation. Car oui, c’est du son de plutôt bonne qualité.

Certes, je m’y attendais : mais sur scène, eh bien ça en jette plutôt. Il y a ce contrôle, cette balance des instrus et des voix, des décalages très contrôlés, cette envie de contribuer à leur musique. Et puis soudain, le groupe nous octroie une fraîche parenthèse rock’n’roll, aussi explosive qu’un feu d’artifice devant la Tour Eiffel un 14 Juillet. Les corps se déchaînent, sur scène comme dans le public, et se laissent alors entraîner dans des riffs maîtrisés et une rythmique typique 70’s. Revolver, c’est donc une musique impeccable, (deezer) un rock alternatif lisse comme une peau liftée. Peut être un peut trop lisse d’ailleurs. Leur présence scénique atténuait quelque peu cet effet j’imagine. Comme ma tête se balançait et mes jambes bougeaient malgré elles, j’en conclus que leur musique m’a beaucoup affectée quoi qu’il en soit. Je suis sortie, et j’ai dit à une de mes amies : « A un moment, je te promets, c’était le bonheur. »

  • Sébastien Tellier : j’ai fait dans ma culotte.

C’est pas comme si je ne m’y attendais pas : en fait si. Rien à voir avec la version studio, rien à voir avec l’idée que je m’en faisais. Pauvre de moi, je ne comprenais pas encore cette fièvre ambiante qui se dégageait de mes congénères, tassés tout devant, avant même que le concert final ne commence. Puis tout à coup, une (prévisible) lumière bleue, révélant au fond de la scène l’imposant symbole rond de Sébastien Tellier : un pépito. Bleu. Et tel un « Dieu Bleu » (cf l' »Alliance Bleue« ), l’homme, barbe et cheveux longs, affublé de lunettes de soleil, apparaît bras ouverts sur fond de sa septentinelle chanson « de ralliement » (Pepito Bleu), acclamé par ses « fidèles » : une foule en délire. Sa présence est décalée, presque politiquement dérangeante, ses mots maladroits : tout un personnage. Et soudain une première chanson qui fait immédiatement bouger la foule.

Sébastien Tellier est à la guitare, au clavier ou au micro, accompagné de musiciens, et dirige cet orchestre de sons d’un autre espace-temps. Les néons sur la scène s’illuminent de bleu et le public ne pense plus qu’à faire un avec la musique. Traduction : tout le monde danse. Moi y compris. Ambiance électronique pondérée et sensuelle devant laquelle je ne pouvais rester stoïque, envoûtement à chaque chanson. Des chansons entre lesquelles nous écoutons sans perdre miette les interventions de Tellier, tantôt mystique, tantôt drôle : puis la suivante reprend, vite, car la foule en veut encore plus, car elle a soif de plus de mouvement. Les corps sont en chaleur, moites, rapidement en sueur, l’on s’éponge le front entre deux autres gestes. L’on lève un bras, l’autre, on tend les mains vers la scène : les applaudissements sont furieux. Et Sébastien Tellier reste toujours aussi simple dans son délire, terminant par un brillant et délicat « L’amour et la Violence » au piano, que tous chantent en chœur. Lorsqu’il quitte la scène, on se sent repus. Comblés. Heureux.

Et l’on se dit : « putain, quel concert, putain, quelle soirée. »

En passant

2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Anonyme
    Oct 22, 2012 @ 16:45:14

    Pour Revolver ce n’est pas une contrebasse, mais un violoncelle.

    Répondre

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